SITE DE LA FAMILLE COSMAO DUMANOIR
 

Date de la dernière mise à jour : 07.04.2007
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LÉON MERCIER (1892 - 1942)

SOMMAIRE :

  1. Biographie
  2. Descendance
  3. La catastrophe du Dixmude (23 décembre 1923)
  4. Le débarquement allié de Casablanca (8 novembre 1942)

1. BIOGRAPHIE

Léon Joseph Marie Mercier naquit le 22 août 1892 à Lorient. Il était le fils d'Auguste Bernard Marie Mercier (mort en 1931), médecin de la marine et de Marie Edmée Cosmao Dumanoir (1863 - 1939), elle-même fille de Léon Armand Cosmao Dumanoir (1828 - 1908), officier de marine (fils de Louis-Aimé) et d'Amélie Marie née Cosmao Dumanoir (1836 - 1885), sa cousine germaine (fille de Fidèle). Sa mère et ses deux grands-parents maternels étaient donc des Cosmao Dumanoir.
Il était le second enfant du couple. Il avait un frère plus agé, Jean (1891 - 1915), Saint Cyrien, sous lieutenant de cavalerie, mort pour la France en 1915 et une sœur, Anne (1896 - 1945), célibataire.

Le Borda (3ème du nom) navire-école de l'Ecole Navale de 1890 à 1913 (surnommé "la Baille"). Ex Intrépide, vaisseau mixte à voile et à hélice de 74 canons, construit en 1864, il sera le dernier Borda de l'Ecole Navale. Passée provisoirement sur le cuirassé Duguay-Trouin, l'école fut installée ensuite définitivement à terre, aujourd'hui à Lanvéoc-Poulmic, au sud de la rade de Brest.

Il entra à l'Ecole Navale en 1910, sur le Borda, où il fit trois ans, ayant redoublé sa première année.

Il fit ensuite sa croisière d'application en 1913 - 1914 sur le croiseur-cuirassé Jeanne d'Arc, comme aspirant de marine.

À l'issue, il fut affecté en septembre 1914 au contre-torpilleur La Hire, basé en Afrique du Nord, en qualité de chef du service "électricité torpilles" et promu enseigne de vaisseau de 2ème classe. Les missions confiées à ce bateau consistaient essentiellement à visiter les batiments de commerce neutres. Léon Mercier s'en acquitta parfaitement aux dires de ses chefs.
Au mois de janvier 1916, sans qu'il en ait fait la demande, il fut désigné comme élève-pilote de dirigeable et muté au centre de formation de Marquise, près de Boulogne sur Mer.Il obtint son brevet d'aéronautique (pilote de dirigeable) et fut affecté au dirigeable SS48 comme second pilote, promu enseigne de vaisseau de 1ère classe.
En 1917, il commanda le dirigeable AT3, basé à Aubagne, pour effectuer des patrouilles de surveillance, notamment en Méditerranée.
En juillet 1917, il fit l'objet d'une proposition extraordinaire du Ministre de la Marine pour la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur (il sera nommé en 1920), pour le motif suivant : "[le 5 juillet 1917] … Surpris par un vent violent, au cours d'une croisière aérienne en mer, a, pendant 14 heures de suite, manœuvré dans la tempête et réussi, grâce à son habileté professionnelle et son énergie, à ramener sans avarie le dirigeable AT3" . De même, il fut félicité en octobre 1917 pour la façon dont il avait manœuvré son dirigeable et coordonné les secours vers un vapeur torpillé, "avec sa décision et son habileté habituelle".
En 1918, il commanda le dirigeable AT9 à Issy les Moulineaux, puis l'AT2 à Aubagne.
À la fin de 1918, il fut désigné comme chef du centre des ballons captifs d'Oran.
En 1919, promu lieutenant de vaisseau, il devint instructeur et commandant du dirigeable d'instruction au Centre Ecole d'Aérostation Maritime (CEAM) de Rochefort.
En 1920 - 1921, il fut stagiaire au Ministère de la Marine, à la Direction du Personnel.
En 1921, il fut détaché de la Marine au sous-secrétariat d'état à la marine marchande comme professeur d'hydrographie à l'Ecole de Navigation de Saint-Malo, pour une année.
Il fut ensuite affecté au Centre Aéronautique de Cuers-Pierrefeu, comme commandant en second du dirigeable Dixmude.
Hospitalisé puis en permission de convalescence pendant deux mois, à la fin de 1923, il échappa à la catastrophe du Dixmude, sur lequel il aurait dû normalement se trouver (voir le récit ci-dessous).
Il est ensuite réaffecté au CEAM de Rochefort comme instructeur, commandant du dirigeable d'instruction, où il restera jusqu'en 1926 époque à laquelle il est affecté au Ministère de la Marine, au Service Central de l'Aéronautique (2ème bureau) à Paris. Ensuite, de 1928 à 1931, il fut au Ministère de l'Air, au secrétariat de la division Marine, promu capitaine de corvette en 1929.
En 1930, il passa ses brevets de pilote d'avion et d'hydravion. Tout le reste de sa carrière, il effectuera chaque année les heures de vol nécessaires au maintien de sa qualification.

Le porte avions Béarn fut le 1er porte-avions de la marine française et le seul jusqu'en 1945. À l'origine cuirassé de la classe Normandie construit en 1920, il fut transformé entre 1923 et 1927.
Longueur : 180 m - Déplacement : 25.000 t - Puissance : 40.000 Ch - vitesse : 21 nœuds - Capacité : 40 aéronefs.
En fait, il était trop lent pour remplir son rôle et ne servit que de plateforme d'entraînement et de transport.
Par la suite, en 1940, il servit à transporter l'or destiné à payer les avions achetés aux Etats Unis et il devait les convoyer ensuite vers la France. Mais il fut détourné vers les Antilles lors de l'armistice. Profondément modifié aux Etats Unis, il contribua à acheminer vers l'Indochine les avions du Corps Expéditionnaire. Il servit ensuite de ponton pour les équipages de sous-marins à Toulon jusqu'en 1965 où il fut retiré du service puis ferraillé.

Pendant deux ans, de 1931 à 1933, il fut chef du service aviation du porte avions Béarn basé à Toulon. Il y fut particulièrement apprécié, si bien qu'il fit l'objet d'une proposition extraordinaire du Ministre de la Marine d'avancement pour le grade de capitaine de frégate, au motif suivant : pour " l'application constante, le zèle de tous les instants, les remarquables qualités de commandement dont il a fait preuve au cours des deux années de son embarquement sur le Béarn" (il sera promu en 1934).

L'aviso colonial Amiral Charner construit en 1931, sabordé à My Tho en Indochine lors du coup de force japonnais de 1945.
Longueur : 103 m - Déplacement 1970 t - Puissance : 3.200 ch - Armenent : 3 canons de 138 mm et 8 canons de 37 mm.

Il rejoignit alors le Ministère de la Marine, à l'Etat Major Général, au service aéro marine où il restera un an, avant de se voir confier le commandement de l'aviso colonial Amiral Charner, basé en Indochine. La Marine estimait en effet qu'il était utile pour le spécialiste d'aéronautique maritime reconnu qu'il était devenu, qu'il commande un navire de la flotte. Entre 1935 et 1937, il navigue dans la mer de Chine, faisant escales à Shangaï, Hong Honh, Hankéou, Canton etc., à une période où la situation internationale était très tendue, du fait notamment de l'expansionnisme japonais (guerre sino-japonaise à partir de 1937).

Léon Mercier à Haïphong sur le pont de l'Amiral Charner

À la fin de son séjour, il obtint l'autorisation de rentrer par le Transsibérien au lieu d'utiliser la voie maritime habituelle. Il fut rejoint par sa femme venue à sa rencontre, à Prague, semble-t-il. Après son congé de fin de campagne, il fut affecté à Paris au Ministère de l'Air, à la section Marine.
Au début de la guerre, en 1940, promu capitaine de vaisseau, il fut désigné comme Commandant de la Marine, délégué de l'Amirauté, à Port Vendres puis à Nice.

Le croiseur léger Primauguet lancé à Brest en 1924
7.250 T - 8 canons de 155 mm et 4 de 75 mm 12 tubes lance torpilles.
Primauguet (Portzmoguer en breton) était un marin célèbre du XVIème siècle qui périt dans un combat héroïque dans le goulet de Brest.

Le 5 septembre 1941, il prit le commandement du croiseur Primauguet à Casablanca.

Léon Mercier sur le pont du Primauguet.

Le 8 novembre 1942, il fut tué sur la passerelle du croiseur, lors de l'attaque des forces américaines contre Casablanca (voir le récit ci-dessous). Il n'avait que 50 ans. Il était à ce moment-là désigné pour quitter son commandement et prendre, en avril 1943, les fonctions de sous-chef du Service Central des Œuvres de la Marine à Vichy.
La citation suivante à l'ordre de l'Armée de Mer lui fut décernée :
" au cours de l'attaque de l'Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, par des Forces Anglo-américaines très supérieures, a combattu jusqu'au sacrifice total, donnant à tous un magnifique exemple de courage et d'abnégation".
Il fut inhumé à Casablanca.
Il était Officier de la Légion d'Honneur, Officier d'Académie.

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2. DESCENDANCE

Léon Mercier épousa le 13 août 1918 à Lorient sa cousine issue de germains, Anne Marie Suzanne Cosmao Dumanoir (appelée Suzanne) (1897 - 1977), fille de Marcel. Ils eurent quatre enfants. Leurs descendants aujourd'hui sont : Mercier, Ghanime, Boivent, Labourbe, Audebert.

3. LA CATASTROPHE DU DIXMUDE (23 décembre 1923)*

Le dirigeable Dixmude était l'ancien Zeppelin allemand L72, cédé à la France au titre des réparations.
Il avait été conçu par les Allemands dans le but de bombarder New-York.
(La légende de la photo comporte sans doute une erreur sur la date, car le 17 décembre, il était à Cuers)

Le 18 décembre 1923, commandé par le lieutenant de vaisseau du Plessy de Grénédan, le Dixmude décolla de Cuers avec la ferme intention de battre le record du monde de durée alors détenu par les Anglais. La première partie de la mission comportait un exercice avec l'escadre. Outre l'équipage, 7 officiers passagers avaient pris place à bord ( 50 personnes au total).
Il traversa la Méditerranée, survola la Tunisie (Bizerte) puis se dirigea vers le Sahara. Le 19 décembre, après avoir survolé Ouargla et In-Salah, il mit le cap sur Alger.
Le 20, après Toggourt et Biskra, il rencontra des vents violents provenant d'une tempête sur la Méditerranée qu'il atteignit dans la nuit, alors, il dut changer de cap vers la Tunisie.
Le 21, il chercha un terrain pour atterrir, ce qui demandait une plateforme de 200 m de long mais surtout 200 à 300 hommes pour maintenir plaqué au sol le dirigeable. Toute la journée du 21, ballotté par la tempête, il tenta de rallier soit Alger (Baraki), soit Colomb Béchar. Mais le 22, à cours d'essence, il se laissa dériver vers le golfe de Gabès en Tunisie, qu'il atteignit en milieu d'après midi, espérant que la tempête, calmée, lui permettrait de remonter vers le nord-est pour atteindre le terrain de secours le 23 à l'aube.
Mais dans la nuit du 23, on perdit le contact radio. Un homme de la surveillance côtière de la Sicile aperçut une boule rougeoyante au-dessus de la mer. On suppose que c'était le dirigeable, frappé vraisemblablement par la foudre, qui s'était abimé en mer.
La mer rejeta deux corps, ceux du commandant et du benjamin de l'équipage, un quartier-maître radio. Un monument fut érigé à Pierrefeu (Var) à la mémoire des 50 disparus.

* Certains situent la fin du dirigeable à la date du 21 décembre. Il semble plus vraisemblable de retenir la date du 23 au vu des éléments d'information existants.

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4. LE DÉBARQUEMENT ALLIÉ DE CASABLANCA (8 novembre 1942)

L'opération "Torch" fut décidée par les Alliés britannique et américain, à l'insu du général de Gaulle, en préliminaires à l'ouverture d'un second front en Europe occidentale, ardemment demandée par les Soviétiques. L'opération comportaient différentes actions synchronisées en Algérie et au Maroc.
Au Maroc, l'action, sous la responsabilité des Américains, avait pour objectif de s'emparer de Casablanca, par des débarquements de troupes au nord et au sud de Casablanca et une action aéronavale pour neutraliser les forces navales françaises présentes à Casablanca, dont le cuirassé Jean Bart, à quai, mais dont l'artillerie redoutable était opérationnelle, et l'escadre légère du contre-amiral Gervais de Lafond, dont le navire amiral était le Primauguet, commandé par Léon Mercier. Les Américains disposaient d'une supériorité écrasante en navires de surface, mais surtout aérienne avec les avions du porte avions Ranger et les hydravions. L'opération avait soigneusement été gardée secrète, malgré la complicité de certains milieux français, si bien que la surprise joua à fond et que les Alliés ne laissèrent aux Français qu'une seule possibilité : se défendre face à une agression brutale qui tourna au massacre, ce qu'ils firent avec courage et détermination et avec quelques succès initialement, malgré la disproportion des forces.

Voici quelques extraits de récits de l'opération :

"À 9h35, les marins français relancent l'action une fois de plus, le croiseur léger Primauguet (qui a eu besoin d'une heure de plus que les destroyers pour faire monter la vapeur de ses turbines) mène trois destroyers et huit sous-marins en renfort du groupe de Lafond en mauvaise posture.

Le Primauguet , attaqué par l'artillerie américaine, se traîne à nouveau vers le port, poursuivi par les avions SBD. En dépit du déluge de feu, les mitrailleurs français repoussent les bombardiers en piqué. Par la suite, la situation devenant infernale, les marins évacuent le Primauguet , laissant le croiseur échoué brûler toute la nuit."

(Extraits traduits des "Notes sur la IIème Guerre mondiale" de David H. Lippman)

"… Mais l'assaut des bombardiers avait dévasté les machines du Primauguet et l'amiral dut donner l'ordre du retour, vers Casablanca. À ce moment - d'après les experts navals américains - le croiseur français avait été touché au moins cinq fois. Droit sur la passerelle, le capitaine de vaisseau Léon Mercier continuait à donner les ordres de tir. Un chapelet de bombes fusa dans sa direction, et Mercier fauché par les explosions tomba, frappé à mort, avec seize autres officiers et marins. Par un hasard particulièrement atroce, Mercier, ripostant et combattant sans murmurer, était un ardent partisan des Alliés."

(Extrait de "Jour J en Afrique" - Jacques Robichon - Robert Laffont 1964)

Ce qu'il restait du Primauguet dévasté après la bataille.

Le cessez-le-feu intervint très rapidement après, au bout de 24 heures, mais les pertes avaient été très importantes du côté français. Ne parlons pas des rancœurs !


Ceux qui prétendent aujourd'hui que le chemin du devoir était clairement tracé, à cette époque troublée, notamment pour la marine française, peuvent méditer sur cette tragédie, les cas de conscience qu'elle a engendrés et les massacres qu'elle a provoqués.
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"Pouvait-on éviter ces désastres? L'historien, ce prophète du passé, a beau jeu, avec le recul que lui confère l'écoulement du temps, de pencher vers l'affirmative. Mais n'est-ce pas, inconsciemment, affirmer ce qu'au fond de soi-même, l'on désire ? À l'époque, … tellement de Français pensaient, non sans naïveté, que De Gaulle serait l'épée de la France meurtrie, et Pétain son bouclier … On ne peut changer l'histoire."
(Histoire de la Marine française de Jean Meyer et Martine Acera aux éditions Ouest-France - 1994)

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