SITE DE LA FAMILLE COSMAO DUMANOIR
 

Date de la dernière mise à jour : 22.03.2007
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EUGÈNE COSMAO DUMANOIR (1867 - 1915)

SOMMAIRE :

  1. Biographie
  2. Le drame du Bouvet (18 mars 1915)

1. BIOGRAPHIE

Eugène Edouard Cosmao Dumanoir naquit le 7 novembre 1867, à Lorient. Il était le dernier enfant de Léon Armand Cosmao Dumanoir (1828 - 1908) (fils aîné de Louis-Aimé), officier de marine , et d'Amélie Marie Cosmao Dumanoir (1836 - 1885), sa cousine germaine (fille de Fidèle Cosmao Dumanoir, frère de Louis-Aimé).

Le Borda (2ème du nom) sur lequel était installée l'école Navale depuis 1864, était l'ancien vaisseau Valmy, dernier trois-ponts de la marine française, construit en 1847, qui participa à l'expédition de Crimée où il montra ses limites face aux navires à vapeur qui entraient alors en service. (Peinture d'Auguste Mayer, peintre de la marine)

Il entra à l'Ecole Navale, sur le Borda, en 1885. Il y fit preuve dès le début de peu d'intérêt pour les études, se retrouvant dans les derniers de sa promotion, si bien qu'à la fin de la 1ère année, le Commandant de l'école lui fit l'avertissement suivant : " … Je prie instamment son père de lui faire comprendre le danger qu'il court et que, malgré tout mon désir d'éviter à son nom un pareil affront, je serais incapable de conjurer, le règlement de l'école étant formel". Il se ressaisit suffisamment pour ne pas être renvoyé de l'école ou redoubler, mais il sortit néanmoins dans les derniers de sa promotion (94ème / 96).

Le vaisseau Iphigénie, vaisseau-école d'application de la marine.

À sa sortie de l'école, il fit en 1888 la croisière d'application des aspirants de marine sur le vaisseau Iphigénie.
En 1889, à l'issue, il fut affecté comme aspirant de 1ère classe sur le croiseur Aréthuse, de la croisière de l'Atlantique.

En 1891, il fut attaché à l'état-major général comme officier chargé des montres(1), sur le cuirassé Le Formidable, en Méditerranée orientale.
Promu enseigne de vaisseau, il fut affecté en 1892 sur l'aviso-torpilleur Le Léger, basé à Lorient, où il fut chargé des détails, des torpilles et de la machine.
De 1894 à 1896, il effectua un séjour dans le Pacifique sud (Nouméa) sur l'aviso-transport le Scorff, où il était responsable des montres, de la batterie et de l'instruction des aspirants. Au cours de ce séjour, il reçut un témoignage de satisfaction du Ministre de la Marine "pour le zèle et l'activité dont il a fait preuve dans l'exécution d'un levé hydrographique aux iles Torrès(2) en 1895". Il participa également à la commission navale mixte des Nouvelles Hébrides(3).

Le cuirassé à réduit Le Redoutable.

De retour en France en 1897, promu lieutenant de vaisseau, il fut nommé sur le cuirassé Le Redoutable, dans l'escadre de la Méditerranée, où il exerça les fonctions de commandant en second du réduit (4).

En 1898, il fut stagiaire canonnier sur le vaisseau-école La Couronne à Toulon, puis à l'école de canonnage, sur le cuirassé Neptune où il resta en 1899 comme chargé d'une escouade de vétérans.

En 1900 et 1901, il fut officier canonnier puis officier de tir sur le cuirassé Charlemagne, en Méditerranée.
En 1902, il fut désigné comme membre titulaire de la commission de Gavres (5) où il resta jusqu'en 1906, tout en effectuant deux campagnes en 1904 et 1905 comme adjudant de la division navale de Terre Neuve.
En 1906, il assuma les fonctions d'officier en second, chargé du service torpilles et électricité, sur le contre-torpilleur Javeline, à l'escadre d'Extrême Orient, puis commanda en 1907 la canonnière Estoc à la station locale d'Haïphong.

En 1908, il fut affecté comme officier chargé de la mousqueterie et de l'artillerie secondaire sur le cuirassé Hoche, dans l'escadre de la Méditerranée à Toulon.
Il fut ensuite de 1908 à 1910 commandant du contre-torpilleur Arquebuse dans l'escadre du nord à Brest, puis commandant de la 2ème division de torpilleurs. En 1909, il reçut un témoignage de satisfaction du Ministre de la Marine, pour s'être "particulièrement distingué à l'occasion du concours d'honneur de lancement de torpilles des flottilles de torpilleurs et de sous-marins" (il avait remporté ce concours avec sa flottille).

En 1910 - 1911, il fut chef du service de sécurité du cuirassé Jaureguiberry, dans l'escadre de Méditerranée à Toulon.
Il avait une solide réputation dans la maine et c'est vers cette époque qu'il obtint de ses chefs les appréciations suivantes : "Officier très travailleur et sérieux, mais aussi d'une gaité et d'une bonne humeur qui font la joie des carrés qui ont la chance de le posséder", ou encore : " Excellent marin qui possède le calme et le sang-froid nécessaires pour le temps de guerre". Nous le verrons à l'œuvre !
Attendant sa promotion au grade de capitaine de frégate - il était lieutenant de vaisseau depuis 1897 - il demanda à retourner à la commission de Gavres où il resta juqu'à sa promotion en juillet 1914 où il fut alors affecté comme adjoint au commandant en second, chargé de la sécurité, sur le cuirassé Bouvet, dans l'escadre de la Méditerranée.

Le croiseur-cuirassé Bouvet de 12.200 T, lancé en 1896 à Lorient - vitesse 18 nœuds.
Armement : 2 canons de 305 mm, 2 de 274 mm, 8 de 138 mm, 8 de 100 mm, 14 de 47 mm et deux tubes lance-torpilles.
Protection:400 mm d'acier à la flottaison et 90 mm au pont cuirassé.

Le 18 mars 1915, il disparut avec son navire dans la tentative de forcement du détroit des Dardanelles. (voir ci-dessous le récit).
Pour honorer son enfant, et aussi sans doute la famille Cosmao Dumanoir, installée à Lorient depuis 1793 et très estimée, la ville a donné le nom d'Eugène Cosmao Dumanoir à un de ses boulevards. Aujourd'hui, c'est une artère très connue de la ville, en particulier, c'est le siège de nombreuses associations et organisations syndicales. Une salle, baptisée "Espace Cosmao Dumanoir", peut y recevoir des manifestations culturelles et autres spectacles.
Eugène Cosmao Dumanoir avait épousé, tardivement (il avait 42 ans), en 1910, Agnès Coquelin de l'Isle (1878 - 1970). Ils n'eurent pas de descendants. La "tante Agnès", qui survécut 55 ans à son mari, était une figure dans la famille et dans la société locale. Elle habitait "Le Verger", à Lorient, la propriété achetée par Louis-Aimé pour sa retraite. (voir la page de Louis-Aimé Cosmao Dumanoir au § 1)

Notes :
1. L'officier chargé des montres sur un navire était en général un jeune officier dont la mission était de veiller sur les montres et chronomètres du bord, pour les conserver en bon état de marche, les remonter et s'assurer de leur synchronisation à l'heure exacte.
2. Les iles Torrès sont situées au nord des Nouvelles Hébrides.
3. La France avait mené à partir de 1880 une politique de "prise de possession pacifique" des Nouvelles Hébrides, heurtant ainsi les intérêts britanniques dans la région et sur les iles. En 1887, fut décidée la création d'une commission navale mixte franco-britannique, comprenant deux officiers de marine de chaque nationalité, pour apaiser les tensions et régler les problèmes de sécurité des ressortissants des deux pays. On s'achemina en fait vers la création d'un condominion franco-britannique qui fut concrétisée par un accord en 1906.
4. Les premiers cuirassés étaient des cuirassés "à réduit", les principaux canons étant rassemblés dans une sorte de casemate, le "réduit", au centre du navire. Par la suite, on passa aux cuirassés "à tourelles" où les canons étaient répartis en différentes tourelles orientables sur tout le navire.
5. Gavres est un terrain d'essais situé à l'est de Lorient où étaient effectués les recettes et essais des équipements destinés à la marine. Cet établissement dépend aujourd'hui de la Délégation Générale à l'Armement (DGA).

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2. LE DRAME DU BOUVET (18 mars 1915)

L'état-major du Bouvet : au centre au 1er plan, le capitaine de frégate Eugène Cosmao Dumanoir,
adjoint au commandant en second, responsable de la sécurité.
Derrière, avec les décorations, le capitaine de vaisseau Rageot de la Touche, commandant le Bouvet
et, à sa droite, le capitaine de frégate Autric, commandant en second.
Photo L'Illustration

L'action contre le détroit des Dardanelles procédait notamment de l'idée de créer une diversion au front occidental en France et de soulager l'allié russe en difficulté face aux Allemands et Autrichiens. À l'instigation de Winston Churchil, Premier Lord de l'Amirauté, les franco-britanniques décidèrent de forcer par la mer le passage du détroit des Dardanelles, puissamment défendu par des forts dotés de canons de gros calibre et des batteries mobiles. La défense était complétée par la présence de champs de mines et de mines dérivantes, impossibles à draguer sans avoir neutralisé les forts, ce qui demandait précisément de pénétrer dans les champs de mines. C'est ce qu'on décida cependant et qui causa tant des pertes.

Carte des défenses du détroit et emplacement où le Bouvet a été coulé
Carte de Paul Chack extraite de "Des Dardanelles aux brumes du Nord".

Après une première attaque franco-britannique sans succès le 19 février 1915, l'attaque principale fut engagée, sans le bénéfice de la surprise cette fois-ci, le 18 mars, vers midi, d'abord par l'escadre française de l'amiral Guépratte, composée du Suffren (navire amiral), du Gaulois, du Charlemagne et du Bouvet : la section Suffren - Bouvet contre les forts de la rive asiatique, la section Gaulois - Charlemagne contre les forts de la rive européenne. Les navires britanniques étaient en deuxième échelon, prêts à relever les Français. Le plan consistait, pour le premier navire de chaque section, à stopper en travers du courant le plus près possible des objectifs pour les canonner (juste avant le filet anti sous marins -voir la carte ci-dessus), puis, une fois entraîné par le courant hors de la position de tir, à être remplacé par le second navire, et ainsi de suite.

Le Bouvet touché.

À 13 h 25, alors que le Bouvet était en pleine action, les navires français reçurent l'ordre de se retirer et de laisser la place aux cuirassés britanniques chargés de poursuivre l'action. Le commandant Rageot de la Touche, à l'instar de Nelson à Copenhague, fit semblant de ne pas voir le signal de son amiral, estimant être en bonne position de tir et et devoir parachever son action de destruction. Rappelé à l'ordre, il se décida à l'exécuter. Au cours de cette manœuvre de retrait, le Bouvet naviguait à vive allure au milieu du détroit, malgré la présence de mines dérivantes. Il vit passer une mine à sa gauche, une à sa droite. Il voulut passer entre les deux mais n'aperçut pas une troisième qui venait à l'avant, juste entre les deux autres. Ce fut sa perte. À 13 h 58, touché à tribord vers le milieu par la mine qui fit exploser ses soutes à munitions (défaut de conception ?), le navire chavira aussitôt sur le côté tribord jusqu'à se retourner complètement, puis se dressa et coula par l'arrière, le tout en moins de deux minutes. On ne vit plus qu'une fumée noire qui plana pendant presque une heure au-dessus de l'endroit où le navire avait disparu, engloutissant par 65 mètres de fond la presque totalité de son équipage (71 rescapés seulement sur 709). (Voir l'emplacement marqué en rouge sur la carte ci-dessus)
Pour la petite histoire, c'est sur une mine Bréguet de 350 kg, de fabrication française, vendue aux Turcs avant la guerre, que sauta le Bouvet.

Le Bouvet se retournant avant de sombrer (photo l'Illustration)

Voici le témoignage du premier maître torpilleur Coquin, rescapé, sur Eugène Cosmao Dumanoir :
"Le commandant en second (capitaine de frégate Autric - disparu) rencontre l'officier de sécurité (capitaine de frégate Cosmao - disparu) et lui dit : «C'est une mine, je vais voir» et se précipite vers l'arrière de l'entrepont cuirassé. Le commandant Cosmao, lui, reste au pied de l'échelle du compartiment des mines et encourage les hommes qui commencent à monter, simples matelots d'abord, puis quartiers-maîtres et gradés, officiers en dernier. Il disait : «Pas de panique! Pas de panique!» et il y avait plein de monde dans l'échelle, mais pas de cris ni de bousculades. M. Cosmao qui montait derrière moi m'a poussé pour m'aider (dans un semblable moment !)". (D'après la tradition familiale, Eugène, en poussant d'un coup d'épaule ce marin un peu corpulent qui avait du mal à franchir l'échelle, lui aurait dit : «On n'a pas idée d'avoir un c… pareil !» et ce seraient les dernières fortes paroles qu'on aurait entendues de lui.)

La citation à l'ordre de l'armée du capitaine de frégate Eugène Cosmao Dumanoir
(Tableau d'honneur de la guerre 1914 - 1918 publié par l'Illustration)

Le monument aux morts du Bouvet aux Dardanelles.

L'opération de forcement du détroit par une action strictement navale constituait ainsi un échec, bien qu'au moment où le repli était décidé, "les forts turcs n'avaient pratiquement plus de munitions. Il est loisible de penser ce qui serait arrivé si les Alliés avaient persévéré : peut-être eussent-ils pu passer, non sans pertes supplémentaires." (Histoire de la Marine française de Jean Meyer et Martine Acera - Editions Ouest-France 1994).
On eut recours alors à des opérations terrestres par des débarquements, à partir du 25 avril 1915, principalement sur la presqu'île de Gallipoli (sur la rive nord du détroit) qui, elles aussi, se révélèrent très coûteuses en vies humaines, tant du côté britannique (avec des troupes venant de tous les Dominions dont le fameux ANZAC - Australian New Zeland Army Corps), que du côté français (Corps Expéditionnaire d'Orient). La marine contribua à ces opérations et subit encore des pertes importantes (par mines et sous marins), mais on peut toutefois considérer que seul l'appui-feu continu de la marine a empêché les Turcs de rejeter les Alliés à la mer. En janvier 1916, les troupes débarquées évacuèrent le terrain si chèrement conquis et toutes les forces se retirèrent.
"L'échec - cuisant qui coûta son poste de Premier Lord de l'Amirauté à Churchill - était lourd de conséquences. Il signifiait qu'à terme la Russie s'écroulerait, faute d'un réseau de communications suffisant, faute de matériel, de munitions, voire de vivres. On peut considérer l'échec des Dardanelles comme l'un des éléments majeurs de la chute du tsarisme et, par là, de l'instauration ultérieure du communisme léninien. En Turquie, le général vainqueur [Mustapha Kémal] acquit un prestige immense ; il lui permettra de fonder la Turquie moderne." (Jean Meyer et Martine Acera - op. cit.)

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Au cours de l'année 1915, la famille Cosmao Dumanoir a payé un lourd tribut au pays :

  • Eugène Cosmao Dumanoir, englouti aux Dardanelles, le 18 mars1915, à l'âge de 47 ans ;
  • Jean Mercier, son neveu (fils de sa sœur Marie Mercier née Cosmao Dumanoir), tué en Champagne, le 10 janvier 1915, à l'âge de 23 ans ;
  • Georges Arnaud, son neveu (fils de sa cousine germaine Berthe Arnaud née Cosmao Dumanoir), mort des suites de ses blessures en Champagne, le 18 octobre 1915, à l'âge de 19 ans,

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