SITE DE LA FAMILLE COSMAO DUMANOIR
 

Date de la dernière mise à jour : 13.01.2012
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CHARLES BAZOCHE (1784 – 1853)

SOMMAIRE :

  1. Biographie
  2. Descendance
  3. Souvenirs de Charles Bazoche
  4. Le naufrage de l'Herminie (2 décembre 1838)

1. Biographie

Fils de Claude Bazoche (1742 - 1805), ancien officier de l'armée de terre, puis domestique, et de Marie Ferry (1757 - 1803), Charles Bazoche naquit à Nancy le 21 octobre 1784 (1). Il y fit, entre 1797 et 1800, quelques études de mathématiques et de dessin, sur lesquelles on a peu de détails.
On ne sait pour quelle raison, étant donné qu'il était originaire d'une région bien éloignée de la mer, surtout à cette époque, il fut attiré par la marine et s'embarqua à Toulon, en 1801, en qualité de novice.
Aspirant de 2ème classe en 1802, il fit campagne sur la Constitution à Saint-Domingue où il se distingua dans les opérations menées contre les noirs révoltés.
En 1802, il passa sur la frégate la Cornélie et croisa en Méditerranée, à Alger, en Égypte et dans les îles grecques.
Rentré à Toulon en 1803, il fut affecté sur la corvette le Bienvenu puis sur la frégate le Muiron .
Nommé aspirant de 1ère classe en 1804, il est embarqué sur le Bucentaure, vaisseau de 80 canons, navire amiral de l'escadre commandée par le vice-amiral Villeneuve qui le prit dans son état-major.
Il participa ainsi à la campagne de 1805, aux Antilles, puis aux combats du Cap Finistère et de Trafalgar.
Grièvement blessé à l'épaule et au genou au cours du combat de Trafalgar, le 21 octobre 1805, il contribua, après la bataille, à la reprise par l'équipage de son vaisseau capturé par les Anglais en maîtrisant l'équipage de prise.
Cependant, à la suite de cette action, le Bucentaure ayant malgré tout fait naufrage, il fut affecté sur le vaisseau de 74 canons le Héros réfugié à Cadix et fut un moment envoyé à Algésiras.
En 1808, les insurgés espagnols bombardèrent le port de Cadix et attaquèrent pendant deux jours le vaisseau avec des forces supérieures. Nommé enseigne de vaisseau par le vice-amiral Rosily au début de l'attaque, il fut fait prisonnier par les Espagnols puis échangé et libéré par la suite. Il fut, ayant rejoint la France, quelques temps employé au port de Lorient.
Embarqué en 1808 sur le vaisseau de 74 canons le d'Hautpoul, comme officier de manœuvre, il fit campagne aux Antilles. Le 17 avril 1809, après un combat de plus de deux heures contre l'escadre anglaise de l'amiral Cochrane, contre le vaisseau de 80 canons le Pompée et les frégates de 44 canons Latone et Étalion, à la suite d'une chasse de 24 heures, il fut fait prisonnier, sans avoir quitté son poste après avoir été blessé à la tête.
Il fut ensuite échangé en 1809 à la Martinique et embarqua sur un brick américain à destination de Boston. Ayant coulé bas au large de Charleston, il fut recueilli par un autre brick américain, après 3 jours de naufrage. De New-York, il rentra en France sur un navire parlementaire et rejoignit Lorient, en 1810, où il prit le commandement du brick le Plumper puis commanda, de 1811 à 1814, la corvette aviso de 10 canons la Vedette, avec laquelle il fut envoyé en parlementaire en Angleterre, en 1812.
Il fut promu lieutenant de vaisseau en 1812, puis capitaine de frégate à titre provisoire en 1814.
Nommé capitaine de frégate à titre définitif en 1815, il fut alors affecté au service du port de Brest.
En 1817, il reçut le commandement de la frégate de 44 canons la Flore , et se rendit à Cayenne où il contribua à la reprise de possession de la Guyane, puis à Cuba et dans les Antilles où, en 1818, il prit le service du port de la Martinique.
De retour en France, il fut sous-directeur du port de Brest, de 1818 à 1820.
En 1821, il se rendit sur le brick l'Euryale à Terre Neuve pour commander la station puis croisa en Manche et sur les côtes de France et d'Espagne. Il s'empara d'un brick de commerce espagnol chargé de fusils et munitions.
Nommé capitaine de vaisseau de 2ème classe, en 1823, il prit le commandement de la frégate de 60 canons la Marie-Thérèse , avec laquelle il fit une longue campagne sur les côtes de l'Amérique du Sud, au Chili, au Pérou et au Brésil, sous les ordres du contre-amiral de Rosamel.
Rentré à Brest en 1828, il prit le commandement de la frégate de 60 canons la Belle Gabrielle avec laquelle il fit campagne aux Antilles et alla stationner dans le Tage.
Promu capitaine de vaisseau de 1ère classe en 1829, il fut nommé le 1er janvier 1830 major de la Marine à Brest.
Appelé à commander le vaisseau de 80 canons le Duquesne, il participa, sous les ordres de l'amiral Duperré, à l'expédition contre Alger, en juin et juillet 1830 et prit part à l'attaque des forts. Il fut chargé de rapporter en France des caisses provenant du trésor confisqué à Alger (quatre tonnes d'or et vingt-cinq tonnes d'argent soit une valeur de 11,5 millions de francs-or de l'époque, ce qui équivaudrait à 75 millions de francs 2001, soit environ 11,5 millions d'euros), ainsi qu'une pièce de canon dite «  la Consulaire  » (douze tonnes, 7 mètres de long - qu'il transporta ensuite à Brest) (2).
Major des équipages de ligne de la division de Brest, de la fin 1830 à février 1832, il commanda ensuite cette division jusqu'à 1835.
En 1834, il embarqua comme commandant sur la frégate de 60 canons l'Herminie avec laquelle il accomplit diverses missions à Tanger, Tunis et Constantinople puis partit commander la station de la Havane et du golfe du Mexique.
En 1836, en croisière devant Oran, il sauva quatre naufragés espagnols.
Au printemps 1838, toujours sur l'Herminie, "il notifia au gouvernement mexicain que ses côtes étaient soumises à un blocus. Mais il avait si peu de navires à sa disposition que ce blocus ressemblait plutôt à une farce. À plusieurs reprises on lui envoya d'autres petites unités, mais sans résultats. La seule façon d'imposer une solution au Mexique était d'attaquer son port principal, Vera Cruz, ce que Bazoche n'osait faire, car ce port était puissamment fortifié. Et ses équipages s'usaient rapidement en mer et étaient décimés par la fièvre jaune. Désespéré, il demanda son rappel. Au début de l'automne, il fut remplacé." (3) C'est dans ces conditions, après huit mois passés au large des côtes du Mexique, avec un équipage épuisé, lui-même étant atteint de la fièvre jaune, qu'il fit naufrage le 2 décembre 1838 à proximité des Bermudes (4).
Rentré en France, au début de 1839, il fut traduit devant un Conseil de Guerre à Brest, pour répondre de la perte de l'Herminie. Bazoche ne fut pas considéré comme responsable du naufrage et de la perte du navire, il fut acquitté "honorablement" et n'en fut pas pénalisé dans la suite de sa carrière. Il reçut même des témoignages de sympathie de la part de ses supérieurs et de ses pairs.
Il fut nommé en 1839 major de la Marine à Brest, jusqu'en 1841, date à laquelle il fut nommé Gouverneur de l'Ile Bourbon (5) et dépendances et, promu contre-amiral en 1842. Il conserva cette fonction jusqu'en août 1846.
Il prit ses fonctions dans l'ile le 16 octobre 1841. On ne sait pas s'il rencontra alors Charles Baudelaire qui séjourna dans l'ile à ce moment-là, du 19 septembre au 20 octobre 1841 (6).
Au début de son gouvernement, il se heurta au Conseil Colonial de l'ile, qu'il dût même dissoudre en février 1842, car le Conseil refusait toute évolution, en particulier concernant les mesures préparatoires à l'abolition de l'esclavage qui se trouvait alors au centre des débats (L'abolition de l'esclavage fut proclamée définitivement en 1848). Ensuite, un calme relatif s'établit pour quelques temps dans les relations entre le Gouverneur et le Conseil Colonial. Toutefois, Bazoche dut avoir de nouveau recours à la dissolution en novembre 1845, après la démission des Conseillers. Par la suite, les membres du Conseil, élus après cette dissolution, composèrent et les relations s'améliorèrent au point que, à son départ de l'ile Bourbon, il fut l'objet de marques d'estime de la part de ses administrés et que les membres du Conseil Colonial firent une souscription pour lui offrir une épée d'honneur en témoignage de reconnaissance (7).
De sa propre initiative, il prit possession au nom de la France, en 1843, à la barbe des Britanniques, des îles de Saint-Paul et d'Amsterdam qui font partie de nos jours des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) (8).
Il autorisa à partir de 1843 "l'importation" de travailleurs chinois (9)
Au cours de son séjour, il prit sous sa protection Henry de Balzac (10), frère de l'écrivain Honoré de Balzac, si bien que, pour le remercier, ce dernier dédicaça sa nouvelle "L'interdiction", ainsi qu'un exemplaire de ses œuvres complètes, de la manière suivante : «au Contre-amiral Bazoche, Gouverneur de l'île Bourbon, l'auteur reconnaissant».
Il avait emmené avec lui comme aide de camp Paul Orcel, jeune officier de marine, frère de son gendre Henry Orcel. Pour le former, il lui confia le commandement du brick aviso Colibri, attaché à l'ile Bourbon. Malheureusement, le 27 février 1845, lors d'une tempête, au nord-ouest de Madagascar, le navire chavira, et le jeune officier fut emporté par une vague et disparut (11).
Après son retour, en octobre 1846, Bazoche fut affecté au port de Brest, jusqu'au 26 octobre 1849, où il fut mis à la retraite.
Il avait 65 ans et totalisait alors plus de 48 ans et demi de services dont près de 23 ans à la mer (dont presque la moitié en guerre). Il était Commandeur de la Légion d'Honneur, Chevalier de Saint-Louis et Chevalier de l'Ordre (espagnol) de Saint-Ferdinand.
Il mourut à Brest le 22 juin 1853 et est enterré à Brest, au cimetière Saint-Martin, dans la même tombe que son beau-père Julien Cosmao Kerjulien (12).

Notes :

(1)  Soit 21 ans, jour pour jour, avant Trafalgar. Présage ?

Acte de naissance de Charles Bazoche

(2) Ce canon, fut nommé ainsi en référence au consul de France à Alger en 1682, le Père Levacher, qui, ayant échoué à faire cesser le bombardement de la ville par la flotte française commandée par Duquesne, fut attaché à la bouche d'un canon et son corps propulsé par le boulet en direction de l'escadre française mouillée au large.Le canon fut transformé en une colonne commémorative érigée en 1833 sur le quai de la Penfeld à Brest (voir photo ci-dessous). Sa restitution à l’Algérie devenue indépendante a toujours été refusée par la France.


(3) Cet épisode (qui se place dans ce qu'on a appelé la "Guerre de Patissiers", l'expédition contre le Mexique ayant pour prétexte initialement le sac par des Mexicains d'une patisserie française) est relaté dans l'Histoire de la Marine française de l'écrivain britannique J. E. Jenkins (P. 344), publiée aux éditions Albin Michel, en 1977, ainsi que dans l'Histoire de la Marine française de René Jouan (P. 275), publiée aux éditions Payot en 1950. Le successeur de Bazoche, le contre-amiral Baudin, disposant de plus de moyens (12 navires dont 3 frégates et la corvette La Créole, commandée par le Prince de Joinville, et des navires à vapeur), s'empara de Vera Cruz, le 28 novembre 1838, grâce à l'utilisation, pour la première fois dans l'histoire de la guerre navale, d'obus explosifs qui causèrent la destruction du fort de Saint Jean d'Ulloa défendant l'entrée du port - exemple unique de reddition d'un fort terrestre obtenue par la seule puissance navale (sans débarquement) - et permit le débarquement et la prise de Vera Cruz suivis de la défaite de l'armée mexicaine (cité dans l'Histoire de la Marine française des origines à nos jours de Jean Meyer et Martine Acera - publiée aux éditions Ouest-France en 1994). Il négocia par la suite avec le Mexique un traité honorable.
(4) Voir ci-dessous les détails sur le naufrage de l'Herminie au § 4
(5)  Aujourd'hui île de la Réunion.
(6 Marcel Cosmao Dumanoir pense que non.
(7) Marcel Cosmao Dumanoir raconte, dans ses souvenirs sur Raoul Bazoche (voir la page Marcel Cosmao Dumanoir sur Raoul Bazoche) , les aventures survenues à cette épée. Voir ci-dessous au § 3 les discours prononcés lors de la remise de cette épée.
8) Les TAAF sont des territoires français d'Outremer, administrés par un préfet basé à la Réunion, et qui comprennent essentiellement : la Terre Adélie, l'archipel Crozet, l'archipel des Kerguelen et les îles de Saint-Paul et d'Amsterdam (anciennement "Nouvelle-Amsterdam"). Bazoche avait agi sans l'approbation du gouvernement royal et ce n'est qu'en 1892 que cette prise de possession devint officielle, malgré l'installation, depuis 1843, d'établissements de pêche et les premières expéditions scientifiques. Les deux iles ont un climat tempéré. Elles sont distantes de 90 km. Saint-Louis (8 km²) n'a pas d'habitant, mais les rats y avaient proliféré à un tel point qu'il fallu procéder à une dératisation complète en 1999, pour permettre l'accès aux installations techniques et les préserver. Amsterdam (85 km²) possède une vingtaine d'habitants permanents. Elle sert de refuge ou d'escale à des pêcheurs et à des scientifiques (une trentaine sur la base de Martin de Viviès) chargés de la maintenance des installations techniques (observatoires météorologiques entre autres). Les autres "habitants" sont des vaches sauvages qui faisaient de tels dégâts qu'il a fallu prendre des mesures pour contrôler le cheptel.
(9) Les Chinois étaient environ 750 quand le successeur de Bazoche décida d'arrêter "l'importation". Il est probable que, de nos jours, les Réunionnais d'origine chinoise doivent leur présence dans l'ile à cette décision de Bazoche.
(10) Henry-François de Balzac était le frère cadet, plus jeune de huit ans, d'Honoré. Comme son frère, il fut toute sa vie "criblé de dettes, chasseur de chimères et rêveur de trésors". Il séjourna d'abord à l'ile Maurice où il se maria avec une veuve créole de douze ans son aînée et pourvue d'une nombreuse progéniture. Obligé de fuir l'ile Maurice, il se réfugia à l'ile Bourbon où son frère le recommanda au gouverneur Bazoche qui le nomma arpenteur-juré et le fit participer à l'édification de la nouvelle capitale, Saint Denis. Après le départ de Bazoche, il retomba dans l'infortune et mourut en 1858, misérable, à l'hopital militaire de Mayotte.

(11) Voir les souvenirs de Marcel Cosmao Dumanoir sur Paul Orcel, dans la page Marcel Cosmao Dumanoir sur Paul Orcel .
(12)  Voir dans la page Julien Cosmao Kerjulien § 2, la photo de la tombe.

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2. Descendance

Charles Bazoche avait épousé Zélie Cosmao Kerjulien (1797 - 1873), fille aînée de l'amiral (1), le 21 mai 1815, à Brest. Ils eurent cinq enfants, dont trois survécurent, l'un d'eux seulement jusqu'à l'adolescence  :

  1. Charles Julien Marie Bazoche (1816 - 1821)
  2. Amédée Jacques Marie Bazoche (1818 - 1856), sous-commissaire de la Marine qui épousa sa cousine issue de germains Marie Yvonne Cosmao Dumenez (1824 - 1884), dont il eut deux enfants :
    2.1 - Gabrielle Zélie Marie Bazoche (1847 - 1922) qui épousa Pierre Marie Emmanuel Bès de Berc (1839 - 1901), ingénieur des constructions navales, dont est issue la branche Bès de Berc ;
    2.2 - Raoul Joseph Marie Bazoche (2), sous-officier, qui ne fut pas un être très recommandable et mourut dans des conditions troubles, sans laisser de descendance.
  3. Zélie Marie Victorine Bazoche (1819 - 1898) qui épousa Henry Edouard Orcel (1814 - 1894), polytechnicien, professeur agrégé de mathématiques. Ils eurent trois enfants :
    3.1 - Marie Orcel (1843 - 1916) qui épousa son cousin (oncle à la mode de Bretagne) Edmond Auguste Cosmao Dumanoir (1830 - 1894) dont sont issus les Cosmao Dumanoir d'aujourd'hui.
    3.2 - Georges Orcel, officier de marine, mort jeune de maladie (3), sans descendance.
    3.3 - Berthe Orcel (1855 - 1861).
  4. Albert Bazoche - mort en bas âge; On ne sait rien de lui.
  5. Adrien Bazoche - (1834 - 1850) Nous ne connaissons pas les raisons de sa mort à l'âge de 16 ans. Nous avons des lettres de lui écrites à sa sœur Zélie quand il était à l'ile Bourbon. Zélie le cite dans sa lettre du retour de l'ile Bourbon (voir la page qui lui est consacrée) et Marcel en parle dans ses souvenirs.

Notes :
(1) Marcel Cosmao Dumanoir raconte dans ses souvenirs que Zélie aurait été séduite par le « beau » Bazoche, malgré le désir de son père de lui voir épouser son cousin Louis-Aimé Cosmao Dumanoir.
(2)  Sur Raoul Bazoche, voir les souvenirs de Marcel Cosmao Dumanoir (voir la page Marcel Cosmao Dumanoir).
(3) Sur Georges Orcel, voir les souvenirs de Marcel Cosmao Dumanoir (voir la page Marcel Cosmao Dumanoir).

3. Souvenirs de Charles Bazoche

La famille possède  :

•  Ses portraits (voir ci-dessus - celui de gauche est une photographie) ;
•  Tous les actes officiels originaux ayant trait à ses promotions, affectations, prises de commandement, témoignages de satisfaction et ses états de services ;
•  Des documents relatifs à son gouvernement de l'ile Bourbon, ainsi que des lettres, discours, etc. ;
•  Les documents de sa succession et celle de son épouse Zélie ;
•  La correspondance de la famille Bazoche à l'Ile Bourbon (Lettres de Charles, Zélie, Amédée et même Adrien);
•  L'épée d'honneur offerte par ses administrés lors de son départ de l'ile Bourbon (voir dans la page de Marcel Cosmao Dumanoir, les "aventures" de cette épée dans ses souvenirs sur Raoul Bazoche);

ALLOCUTION PAR LA DÉPUTATION DU CONSEIL COLONIAL DU 24 JUILLET 1846 À SAINT DENIS

"Amiral, au moment où vous allez vous éloigner de la colonie que vous avez administrée pendant près de cinq années, les habitants de Bourbon, unis dans une même pensée, ont senti le besoin de consacrer par un gage authentique, et plus durable que la parole, les sentiments que vous avez su leur inspirer ; ils ont voulu qu'une manifestation publique proclamât hautement leur estime pour votre caractère, leur gratitude pour les intentions toujours pures, pour les actes toujours bienveillants de votre gouvernement. Organes de nos concitoyens, nous venons, en leur nom, vous offrir une épée destinée à perpétuer dans vos souvenirs, dans ceux de votre famille, la mémoire des vives sympathies qui vous ont entouré pendant votre séjour dans la colonie, qui vous accompagnent au départ. Une pensée vraie et profondément sentie a inspiré les colons, lorsqu'ils ont choisi, pour vous en faire hommage, une arme qui, dans les mœurs d'une nation brave et généreuse, comme dans les instincts dominants du caractère créole, est plus particulièrement l'apanage des qualités nobles et élevées que le pays honore en votre personne. Cette épée sera dignement portée par celui dont la franche loyauté est devenue et restera proverbiale au sein de notre population, par l'intrépide marin qui, dans une longue carrière parcourue avec honneur et distinction, a signalé plus d'une fois et sa bravoure et son amour pour la patrie. Permettez-nous, amiral, d'attacher une autre signification au choix de l'arme qui vous est offerte et de considérer cette épée comme un symbole de la protection ferme et puissante que les intérêts de la colonie trouveront dans votre expérience et votre dévouement sur les lieux où vous allez reparaître et où s'agitent nos destinées. Nous regrettons, amiral, de ne pouvoir remettre nous-mêmes entre vos mains le gage de reconnaissance que le pays vous prie d'accepter ; c'est à nos délégués qu'il appartiendra d'accomplir en France ce dernier acte d'un mandat dans lequel nous sommes heureux de vous exprimer, au nom de tous, des sentiments que chacun de nous éprouve si vivement en particulier."

RÉPONSE DU CONTRE-AMIRAL BAZOCHE

"J'accepte, avec la plus vive reconnaissance, le gage d'affection que vous m'offrez au nom des habitants de la colonie de Bourbon ; rien ne saurait me toucher plus profondément, et je suis heureux et fier de cette preuve de vos sympathies et de votre estime. Cependant, Messieurs, je ne peux vous offrir qu'une acceptation conditionnelle ; il faut, je crois, l'approbation de Sa Majesté, et si, comme j'aime à le penser, cette approbation est donnée, ne doutez pas, Messieurs, que cet honorable souvenir, ce gage précieux de vos sentiments, ne soit toujours prêt lorsqu'il s'agira de défendre et de conserver à la France cette belle et intelligente colonie, dans laquelle j'ai passé cinq des heureuses années de mon existence. Soyez mes interprètes près des personnes auxquelles je ne peux exprimer les sentiments que j'éprouve ; soyez mes interprètes, Messieurs, vous qui avez eu la généreuse et noble pensée de m'offrir une arme que je ne porterai qu'avec orgueil."

L'épée fut remise définitivement à Bazoche, après que le roi Louis-Philippe l'ait autorisé à l'accepter, le 27 juillet 1847 à Paris, ce qui donna lieu à un nouvel échange de discours.

L'épée est en or et porte sur la garde cette inscription : « L'île Bourbon reconnaissante » et sur la lame : « À M. le Contre-amiral Bazoche, les habitants de l'ile Bourbon ».

•  Deux carnets de croquis réalisés au cours de ses périples, notamment pendant la campagne de 1805 et plus tard en Amérique du Sud, dont quelques uns sont reproduits ci-dessous..

Gibraltar au NE, à 2 lieues ½ - en A : Algésiras – mai 1805, le matin, beau temps
À bord du vaisseau le Bucentaure

La Martinique - Le rocher le Diamant au NNE, à 1 lieue ½ - Mai 1805, le matin
À bord du vaisseau le Bucentaure
Noter la forme du rocher à comparer à la représentation qui en est faite dans tous les différents tableaux ou gravures représentant (sous une autre orientation) la Prise du Rocher du Diamant par la division aux ordres de Cosmao Kerjulien (30 mai au 2 juin 1805) et également avec les photos prises de nos jours (voir page Julien Cosmao Kerjulien § 10.3).

Espagne – le Cap Finistère à l'E - Août 1805, le soir, beau temps
À bord du vaisseau le Bucentaure

Espagne – la Corogne au SSE 5° E – à 2 lieues – en T la tour d'Hercule - Août 1805, le matin
À bord du vaisseau le Bucentaure

Espagne – Gibraltar – 5 mars 1824
Le Cap Spartes – 5 mars 1824
À bord de la frégate la Marie-Thérèse
Bazoche commandait à ce moment la frégate.

Bota-Fogo (Baie de Rio de Janeiro) – Maison habitée par Mr Le Breton
Entre 1824 et 1827

La frégate la Marie-Thérèse au mouillage de Montevideo
Entre 1824 et 1827
Bazoche commandait à ce moment la frégate
.

Valparaiso vu du sud de la baie au chemin de Santiago
(avec la frégate la Marie-Thérèse au mouillage)
Bazoche commandait à ce moment la frégate.
Entre 1824 et 1827

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4. Le naufrage de l'Herminie (2 décembre 1838)

L'Herminie au Cap Horn
Huile sur toile d'Auguste Mayer
Musée des Beaux Arts à Brest

L'une des plus impressionnantes épaves de navire de guerre aux abords des Bermudes est la frégate française l'Herminie de 60 canons. Construite en 1828, elle mesurait une centaine de mètres de long. La frégate faisait route vers la France venant de Cuba où elle avait déposé une centaine de malades. Ayant essuyé du mauvais temps, et en raison de l'état de son équipage éprouvé par la fièvre jaune* et diminué (70% de l'équipage, Bazoche lui-même et la quasi totalité des officiers atteints), Bazoche avait l'intention de faire escale aux Bermudes. La frégate fit naufrage le 2 décembre 1838, près de Chub Heads (voir la carte ci-dessous).

Emplacement de l'épave de l'Herminie, à moins de 10 km à l'ouest-nord-ouest de l'ile principale des Bermudes (Main Island), parmi d'autres épaves.

Arrivée près des Bermudes, l'Herminie se trouva encalminée et se mit à dériver vers les récifs. Sans vent pour appuyer la manœuvre, l'équipage diminué fut incapable de l'empêcher de venir se fracasser sur les récifs
L'Herminie avait un équipage de 495 hommes, officiers compris.Tous les membres de l'équipage survécurent au naufrage, mais ils furent internés sur l'ile par les Britanniques (les Bermudes sont encore aujourd'hui un territoire d'outremer britannique) qui leur firent exécuter des travaux forcés de construction d'une route, si bien que beaucoup d'entre eux, déjà atteints de la fièvre jaune, ne tardèrent pas à périr, avant que les quelques survivants ne soient rapatriés. (On n'était pourtant pas en guerre!)
En raison de la fièvre jaune, les habitants de l'ile hésitèrent à récupérer des marchandises ou des objets avant que l'épave ne disparaisse, comme ils en avaient l'habitude, ce qui fait de cette épave une des plus riches du point de vue archéologique, tout ayant coulé avec le navire.
Bien que de nombreux objets aient été par la suite récupérés, le site reste un des plus remarquables pour les touristes, plongeurs sous-marins.
L'épave se trouve à moins de dix mètres de la surface et, les parties en bois s'étant peu à peu décomposées, on ne voit plus que les parties métalliques. Il reste cependant une grande partie de la quille en bois qui donne une idée des dimensions du navire.
Les principaux objets qu'on peut voir sous l'eau aujourd'hui sont les canons (2,50 m de long), les ancres dont l'une, gigantesque, est prise dans le corail, des armes (mousquets, munitions, boulets de canon), etc. Originalité, l'énorme cabestan servant à lever les ancres était actionné par deux ânes. On trouve aussi des briques de terre cuite qui devaient constituer le four de la cuisine et des réservoirs en cuivre qui devaient servir à entreposer l'eau.

Quelques objets de l'Herminie : canons au fond de la mer et une bouteille d'huile d'olive remontée de l'épave.

Les spécialistes considèrent l'épave de l'Herminie comme la plus intéressante de la région et elle figure sur les guides touristiques pour les lieux de plongée.
Les Bermudes ont même émis un timbre (ci-dessous) :

Timbre émis par les Bermudes en 1986
(la date du naufrage est inexacte : 1839 au lieu de 1838)
On n'est pas sûr non plus que la représentation du bateau soit exacte. L'Herminie est incontestablement une célébrité aux Bermudes.

Héroïne de "La Jérusalem délivrée" du Tasse, Herminie est un personnage mythique qui a inspiré quelques poètes, romanciers et musiciens (Le Tasse, Scudéry, Van Loo, Poussin, Berlioz, Alexandre Dumas etc.). Fille du roi d'Antioche, au moment des croisades, elle fut prise d'un amour passionnel pour le chevalier Tancrède. Les gens qui choisissaient les noms des navires de guerre avaient de l'imagination ! Toutefois, on ne voit pas bien pourquoi on a donné ce nom à une frégate de la marine française et on peut s'interroger sur ce que représentait, pour les marins, l'exemple de cette héroïne, dont ils ignoraient sans doute l'histoire. Peut-être cela les faisait-il rêver, que leur navire porte un nom féminin mystérieux et romantique ?

* La fièvre jaune est une maladie virale (virus amarile) transmise par un moustique, repérée à l'origine au Mexique au XIIème siècle. Longtemps la "maladie la plus redoutée des Amériques", elle sévit dans les régions intertropicales d'Amérique et d'Afrique. Après une incubation d'une semaine, la maladie débute typiquement avec fièvre, frissons, douleurs musculaires et maux de tête. Au bout de trois jours, une rémission passagère précède l'apparition d'un syndrome hémorragique avec vomissements de sang noirâtre, d'un ictère (qui donne son nom à la maladie) et de troubles rénaux. La mort survient alors dans 50 à 80% des cas, après une phase de délire, de convulsions et un coma. Il n'existe aucune traitement spécifique contre la fièvre jaune. Un vaccin est pratiqué depuis 1932.

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